Marius et Silvio

Posté par hommedenonvie le 9 novembre 2008

Ca avait commencé il y a plus de trois ans déjà, mais depuis quelques mois, la misère se faisait encore plus tenace. La guerre avait fait des ravages, et ces derniers temps, elle semblait s’intéresser de près à la région de Ivangrad, annihilant tout ce qu’il était possible de détruire, laissant les hommes seuls et démunis.
Silvio et Marius décidèrent de quitter leur ville natale pour deux raisons: les soldats, qui semblaient s’y sentir à leur aise, et la faim, résultante directe de la résidence prolongée de ces dits soldats. Deux jours durant, ces amis d’enfance marchèrent à travers la campagne serbe, sans chercher à trouver un abri où s’arrêter, rongés par la peur naturelle de mourir. Lorsqu’ils furent hors de la zone de combat, ils s’arrêtèrent dans un petite ferme alors abandonnée, car à moitié trouée par des obus. Qu’importe, cela suffirait à se protéger pour la nuit, et les soldats étaient, du moins à leur connaissance, loin de là.
Ils s’installèrent dans la grange, où ils pourraient dormir dans un confort relatif, grâce à la paille qui servait aux animaux, alors morts et digérés depuis longtemps. Les deux comparses, affaiblis par la faim, fouillèrent du mieux qu’ils purent, cherchant dans les décombres de la fermette quoi que ce soit qui fût comestible. Silvio, le plus malin des deux, se concentra sur le poulailler, sûr d’y trouver des restes, capables qu’ils étaient, dans leur situation actuelle, de manger des graines. Et, après une vingtaine de minutes de recherches infructueuses, au bord du découragement, il finit par trouver un œuf, oublié des pillards, car dissimulé sous un tas de paille et de plumes. Mais un problème survint alors: comment pouvaient ils partager un unique œuf? Cela paraissait ridicule, et Silvio entreprit de l’avaler, lorsque Marius, bredouille, survint.
« -Toi, mon ami d’enfance, mon seul confident, tu oses me faire un tel coup bas? Tu n’es qu’un fils de chienne galeuse et syphilitique.
-Tu n’y es pas, Marius, j’allais t’appeler pour que nous le partagions.
-A d’autres, salopard! »
Et le combat qui suivit entre les deux hommes fatigués et désespérés fut d’une rare violence. Tous deux, avec une rage animale, frappaient l’autre pour tuer. Mais Marius, qui était de loin le plus puissant, l’emporta sur son adversaire, qui eut la tête broyée contre le sol. Et, ayant retrouvé ses esprits, il regarda l’œuf qui, à cause du combat, était cassé, et se répandait sur le sol boueux. Il était pourri depuis bien longtemps.
Marius pleura, et partit se coucher dans la grange. Il ne put dormir, et au petit matin écoutait le pas des soldats, au loin, qui ne manqueraient pas d’être ses bourreaux.

 

 

C’est peut être le truc le plus ignoble que j’ai écrit, mais bon, c’est fait. Hop, sujet suivant.

4 Réponses à “Marius et Silvio”

  1. lucaerne dit :

    Ignoble… lucide… réaliste… (j’ai lu des choses similaires dans des Primo Levi, Anselme, Soljenitsyne…).

    « Est-ce que j’ai une tête à m’amuser ? »
    C’est le prochain sujet !

    Mais un jour, il va falloir que tu deviennes grand et que tu trouves tes sujets toi-même, si tu arrives à vivre plus de deux mois avec une live-free-neuf…box.
    Au fait, pourquoi cette dévalorisation permanente ? J’suis pas psy, mais j’m'entraîne. À quoi ? Ben j’sais pas ! Heureuse de te revoir en tout cas : j’aime les causes qu’on croit perdues. Bigre… je viens de me faire une déclaration d’amour !!!

    [courrier des lecteurs: Merci pour le sujet suivant. Par contre j'ai d'autres trucs que je fais seul, oui oui. La dévalorisation c'est la seule chose qui puisse réellement aider l'homme, à mon avis. Un avis de gros con.]

  2. lucaerne dit :

    Et en plus, pour t’emm…, j’te fais d’la pub… gnn gnn gnn : http://lucaerne.unblog.fr/2008/11/09/fais-comme-chez-moi/

    [courrier des lecteurs: youpi, je vais enfin toucher ma paye kikoolol]

  3. Bifane dit :

    Ignoble ? Je dirais pas ça… Réaliste plutôt, cru et sans concession, pas agréable d’un point de vue humain, mais réaliste. Et original, qui plus est, ce qui n’est jamais dommage. Tu aurais pu verser dans la guimauve d’une réconciliation bienvenue, d’un happy end sur l’inutilité de la violence, symbolisé par l’oeuf finalement pourri. Mais tu restes collé à ton ambiance, temps de guerre, temps d’extrêmes, famine et violence, ça fait pas un pli qu’au moindre coup de grisou, c’est toute une tête qui part en vrille, et rares sont les philosophes sur les champs de bataille, et dans les ruines alentours…
    T’es de Marmande au fait ? J’dis ça, c’est le rouge tomate qui m’y fait penser… Ou alors une référence à Jeanne Mas ? Ce serait du courage à l’état brut et pur ça… Non, bon, tu fais comme chez toi de toute façon, mais c’est un peu hard pour les mirettes…

    [courrier des lecteurs: Le rouge, c'est une sorte d'élitisme visuel; seuls les acharnés et les mauvaises vues peuvent rester sur le site. Donc, non je ne suis ni de Marmande, ni admirateur de machine. Par contre, je trouve ce texte trop facile, dans le sens où il n'y a pas vraiment d'originalité, ni de qualité d'écriture. Après c'est mon avis propre, après plusieurs relectures.]

  4. Bifane dit :

    Tout est toujours perfectible… Les textes comme les couleurs…

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